RCA Bulletin ARC 2005

Jacques de Tonnancour RCA, peintre
1917-2005

Jacques de Tonnancour naquit à Montréal en 1917 et s'y éteignit le 13 janvier 2005. Il mena une carrière de peintre, de critique, de professeur, de joaillier, de collectionneur et photographe d'insectes. A la fin de sa vie, il avait ainsi réussi, ce que peu réussissent, à développer tous ses talents et intérêts multiples.

Il se partagea entre deux passions principales, celles de la peinture et de la science. Dans son enfance dessiner et collectionner les insectes se faisaient de pair, mais au moment de faire un choix pour ses études universitaires entre l'art et la science, il opta pour des recherches en art basées sur l'observation de la nature et son interprétation, " découvrant que ce faisant, il se produisait une transposition du réel, et que c'était là le but de l'art ". Une porte s'ouvrait conciliant ses désirs. Il devint cependant agacé par l'enseignement académique et quitta l'école pour se consacrer à l'art et à la critique. Il rencontra Pellan et Borduas, mais ce sont Matisse et Roberts qui marquèrent alors profondément son être spirituel, Roberts en particulier qui lui fit découvrir l'importance du silence et de la contemplation comme élément éternel de l'art. Puis il se rapprocha de Pellan et se mêla aux débats qui agitaient le milieu des artistes suite à la parution du manifeste automatiste " Refus global " que plusieurs rejetaient le trouvant trop sectaire. Il se joignit à la rédaction de " Primes d'Yeux " pour un art sans idéologies, ni références à la politique, à la littérature, pour une peinture pure et libre.

De Tonnancour a eu une carrière pancanadienne et ses peintures se retrouvent dans tous les grands musées canadiens. Trois rétrospectives ont souligné son importance. Il a reçu l'Ordre du Canada, l'Ordre national du Québec, et le titre de docteur honoris causa des universités Concordia et McGill.

(Michèle Drouin RCA)


RCA BULLETIN ARC 2004

Marcel Bellerive RCA, peintre
1934 à 2004

Nous avons appris par le Devoir et la Radio CHOQ FM le décès de l'artiste montréalais Marcel Bellerive au début du mois de mars de cette année, à l'âge de 69 ans. Diplômé de l'Université du Québec à Montréal dans les années 60, Bellerive s'est par la suite engagé dans la création de son œuvre de peintre, de graveur et de sculpteur qu'il a largement fait connaître par de nombreuses expositions individuelles et collectives, dans des galeries privées et publiques au Québec, ailleurs au Canada et à New York : parmi celles-ci citons la Galerie 13 et la Galerie Waddington & Gorce à Montréal, la Westbroadway Gallery à New York, l'Art Gallery of Toronto, la Vancouver Art Gallery, le Musée du Québec. Ses œuvres font partie de plusieurs collections permanentes dont celles du Musée des beaux-arts du Québec et du Musée d'art contemporain de Montréal et de nombreux critiques les ont commentées.

Marcel Bellerive croyait à l'implication sociale de l'artiste et s'est activé dans différentes associations d'artistes visant à défendre les droits de ces derniers ainsi qu'à faire reconnaître la spécificité des disciplines et le statut professionnel des artistes en arts visuels. Il a de plus mené une carrière de pédagogue à l'UQAM et à l'Université Concordia où il a contribué à former de nombreux artistes et éducateurs, surtout ces derniers dont la société avait un grand besoin pour revitaliser l'enseignement des arts plastiques dans les écoles selon l'esprit des nouvelles méthodes mises de l'avant en Europe et aux États-Unis.

Il méritait sûrement sa nomination à l'Académie royale des arts du Canada à laquelle il a donné beaucoup de son temps au sein du conseil régional du Québec au cours des années.

(Michèle Drouin RCA)


Sylvia Daoust RCA, sculpteure
1902 à 2004

À Montréal, le 15 juillet 2004, est décédée, à l'âge de 102 ans, Madame Sylvia Daoust RCA, sculpteure. Diplômée de l'École des beaux-arts de Montréal, gagnante du Concours de Lord Wellington, elle reçut une bourse pour un séjour en Europe, où elle étudia avec Henri Charlier. Influencée par ce dernier, elle orienta son travail surtout vers l'art religieux. À son retour d'Europe, elle enseigna d'abord aux Beaux-Arts de Québec, puis à l'École des beaux-arts de Montréal de 1943 à 1966. Don Bello lui confia la réalisation d'un magnifique corpus pour l'Abbaye de St. Benoit-du-Lac et plus tard de plusieurs statuaires de l'Oratoire St. Joseph de Montréal. Elle a signé en plus de nombreux bustes et réalisé les monuments de Nicholas Viel en façade de l'Assemblée Nationale du Québec, du Frère Marie-Victorin au Jardin botanique de Montréal et celui d'Édouard Montpetit à l'Université de Montréal. Sylvia Daoust a exposé ses oeuvres à Rome et à la Tate Gallery de Londres. Elle a tenu de nombreuses expositions au Québec, en Ontario et dans l'Est du Pays. Madame Daoust a été reconnue par l'Institut royal d'architecture du Canada, reçu le Canada's Allied Arts Award, le prix Philippe Hébert de la Société St. Jean-Baptiste. Elle était membre de l'Ordre du Canada et chevalier de l'Ordre Nationale du Québec.

(Yves Trudeau RCA)


Jean-Paul Jérôme RCA
, peintre
1928 à 2004

Né a Montréal en 1928, il étudie à l'École des beaux-arts de Montréal de 1945 à 1952, puis les techniques de fresques avec Stanley Cosgrove. En 1955, il est un des fondateurs du groupe des Plasticiens et cosignataire de leur manifeste. Il séjourne à Paris de 1956 à 1958 où il fréquente régulièrement la Galerie Denise René, la Galerie Arnaud, la Galerie de France. Il se lie avec les peintres Hartung, Mortensen, Barre. De retour au Canada, il est professeur à l'École des beaux-arts de Montréal, puis à la Commission des Écoles Catholiques de Montréal, et à Sorel (1965-66). Il tient une exposition individuelle chez Gilles Corbeil en 1972. En 1973, il abandonne l'enseignement. Il crée une tapisserie qui sera exécutée aux Ateliers de Saint-Cyr à Paris par le lissier Pierre Daquin. En 1974, il s'établit à Montréal après onze ans de vie à la campagne sur la rive sud du Saint-Laurent à Saint-Ours sur le Richelieu. On retrouve les œuvres de Jean-Paul Jérôme dans les principales collections publiques et privées du Canada.

Expositions individuelles : Musée des beaux-arts de Montréal (1954) ; Galerie l'Actuelle, Montréal (1955) ; Galerie Arnaud, Paris (1957) ; Galerie Denise Delrue, Montréal (1959) ; Galerie libre, Montréal (1960) ; Centre culturel de Tracy (1968) ; Galerie Gilles Corbeil, Montréal (1972) ; Galerie Bernard Desroches, Montréal (1974).

Expositions collectives : Salon du printemps, Musée des beaux-arts de Montréal (1951-52-53) ; Galerie l'Échourie, Montréal (1955) ; Musée des beaux-arts du Canada (1956) ; 3e Biennale de Peinture canadienne, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa (1959) ; Panorama de la peinture au Québec, (1940-1966) ; Musée d'art contemporain, Montréal (1967) ; Galerie Bernard Desroches, Montréal (1973-74) ; Galerie Opus 1, Toronto (1974) ; 111 dessins du Québec, Musée d'art contemporain, Montréal (1976).

(Joseph-Richard Veilleux RCA)


Guido Molinari RCA
, peintre
1933 à 2004

Il faisait peine à voir sur ses derniers jours, rongé par un cancer, ayant de la misère à respirer, lui qui aimait parler, discourir, intervenir dans les débats, les colloques, les comités de toutes sortes. Lors de l'une de nos dernières rencontres à l'étage au-dessus de la banque qu'il avait transformée en atelier, il me faisait voir sa collection de tableaux : des Lymans qu'il adorait, un projet de décor de théâtre de Pellan, une litho de Barnett Newman, un petit Mondrian, un paysage de son premier maître, Léopold Dufresne...

Guido Molinari n'est plus et déjà nous nous interrogeons sur le sens de son oeuvre. Il est venu à la peinture au moment où l'automatisme semblait résumer à lui seul l'avant-garde de la peinture au Québec et l'expressionnisme abstrait des peintres de Toronto et celle du reste du Canada. Il leur trouva à l'un comme à l'autre un attachement inconscient à ce qu'il appelait " l'espace scénique de la Renaissance " à " la profondeur ", à la " troisième dimension ". Il lui semblait qu'il ne fallait plus " refaire le tableau trop refait déjà " et proposa une peinture radicalement abstraite, respectant la bidimensionalité du support, s'en tenant à la couleur pure et à la verticale. La peinture évacuait toute référentialité au monde des apparences. Même l'horizontale et les variations en valeur de la couleur en furent bannies.

Quand on songe à la période qui vit l'affirmation définitive de la peinture plasticienne de Molinari, soit la période que l'on a appelé au Québec la Révolution tranquille, on s'étonne que soit précisément à ce moment-là qu'elle se soit faite. On a parlé de " l'âge de la parole " en songeant à l'importance prise par la poésie à ce moment (Gaston Miron, Roland Giguère, Jacques Brault, Fernand Ouellette...). On aurait pu croire que les peintres aient pu être tentés par le discours, par les mots et les images qu'ils évoquent, autrement dit par la figuration. Il y en eut bien un peu. Mais n'est-il pas tout à l'honneur de Molinari d'avoir su maintenir le cap sur la peinture-peinture au moment même où toutes les sirènes politiques et nationalistes sollicitaient l'attention des peintres vers les " bonnes causes ". Ce qui reste de la peinture de Molinari c'est son incessant souci de l'universel, son refus du régionalisme. Il avait rêvé d'échanges avec New York. Aujourd'hui, une importante collection de ses tableaux est à Grenoble. Tous les musées du Canada lui rendent hommage. Sa peinture parle pour lui, aussi éloquemment qu'il ne le fit jamais.

(François-Marc Gagnon)


Jean Ouellet RCA
, architecte
1922 à 2004

Originaire de Rivière-du-Loup où il est né en 1922, Jean Ouellet a été capitaine de l'escadrille des Alouettes de l'Aviation Royale Canadienne pendant la seconde guerre mondiale. C'est lors de son séjour en Angleterre qu'est né son intérêt pour l'architecture, disait-il. De retour au pays en 1946, il est admis à l'École des beaux-arts de Montréal qui lui décernera le diplôme d'architecte en 1952. Après son admission à l'Association des Architectes de la Province de Québec, il en sera président en 1972. Jean débute une carrière exceptionnelle, tant par la variété et l'envergure que par la qualité de son œuvre. En association avec Jean-Claude La Haye, urbaniste, et avec divers architectes à différentes périodes, Jean Ouellet sera le concepteur discret, mais toujours présent et attentif, qui dirige une équipe pluridisciplinaire en prônant l'apport de chaque membre à la réalisation d'une œuvre coopérative plutôt qu'individuelle ou personnelle. Pour Jean Ouellet, la qualité architecturale fait partie de la qualité de vie et de son expression. Cette profonde conviction humanitaire dominera toute sa carrière professionnelle et caractérisera son enseignement à l'École d'Architecture de l'Université de Montréal, école qu'il dirigera de 1980 à 1985.

La liste des réalisations de Jean Ouellet et de son équipe est imposante, allant de résidences privées à l'Ambassade du Canada à Belgrade, de plans directeurs d'universités à des centres commerciaux de grande envergure, tels que le Complexe Desjardins et la Place Ville-Marie au centre-ville de Montréal. De l'avis du rédacteur de ce texte, il est un projet qui, à lui seul, aurait valu à Jean son élection à l'Académie ; il s'agit d'un simple garage de stationnement érigé sur le campus de l'Université de Montréal. Cette construction de six plate-formes à niveaux décalés, en béton brut strié, à bordures en dents-de-scie, est parfaitement intégrée au site entre les rues d'accès à la base et la voie intérieure du campus au sommet. Régie par la répétition du redan oblique, qui s'articule par des pleins et des vides dramatisés par les jeux d'ombre et de lumière, la composition confère à la surface un relief sculptural qui à la fois redéfinit et évoque l'escarpement rocheux dans lequel s'insère la structure. Cette réalisation s'est d'ailleurs méritée une Médaille Massey en 1970.

Jean Ouellet nous quitté le 5 mars dernier, après un demi-siècle de contribution exceptionnelle à l'architecture au Canada et à l'étranger.

(Jean-Louis Lalonde RCA)


Jean-Claude Rinfret RCA, designer de décors de théâtre
1929 à 2003

À Outremont, le 8 mars 2003, à l'âge de 73 ans, est décédé Monsieur Jean-Claude Rinfret RCA, designer de décors de théâtre, professeur, administrateur, retraité de la Société Radio-Canada. Diplômé de l'École des beaux-arts de Montréal, il fit un stage à l'École Supérieure Nationale des Arts Décoratifs de Paris ; comme designer, on lui doit de nombreux décors pour plusieurs productions théâtrales, pour le ballet et l'opéra, notamment Samson et Dalila pour l'Opéra du Québec, Montréal, ainsi que pour la télévision radio-canadienne, dont il a été ensuite le Directeur des programmes de 1974 à 1985. Il a agi comme consultant artistique pour Terre des Hommes en '68, '69, '70 et '71. Pendant dix ans, il fut professeur chargé de cours de décors de théâtre et, pendant deux ans, titulaire pour un cours semblable à l'École des beaux-arts de Montréal. Il a enseigné le décor théâtral et le concept scénique au Banff Centre for the Performing Arts. À sa retraite de la Société Radio-Canada, il s'est consacré à la peinture au chevalet.

(Yves Trudeau RCA)

 

 

 


 
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